Introduction

Les dérives des interprétations Nous n'avons pas l'intention de donner des conseils ou d'accroître la "psymania", terme utilisé par un journal de vulgarisation féminin pour traduire l'extrapolation outrancière de pseudo-concepts psychologiques. En revanche, nous tenons à vous proposer des éclairages et des informations sur des thèmes dont on parle de façon bien souvent maladroite. La psychologie est, en effet, une discipline qu'il convient d'aborder comme une entité cohérente : utiliser des thèmes d'actualité recueillis ça et là, sans établir de relations logiques entre eux, risque de produire des généralisations douteuses. Cependant, ce type de presse vous plonge dans les difficultés réelles de la société. Nous garderons donc à l'esprit les thèmes évoqués que nous interpréterons comme une tentative d'assouvir la soif, que nous avons tous, de la psychologie.

Il est bien évident que beaucoup de problèmes doivent être compris au niveau du groupe primaire, la famille, sans pour autant faire appel à des spécialistes du comportement.

Nous voulons apaiser la peur qui est engendrée par des mots.

Culpabiliser n'est qu'un piège de l'orgueil. C'est le remords qui compte dans notre vie afin de se dire : jamais plus je ne voudrai vivre ce malaise produit par une action inconsciente de ma part. Nous ne tenons pas à savoir si l'homme est essentiellement bon ou mauvais. Ce n'est pas notre niveau de recherche. Partons du fait que l'homme est ce qu'il peut être, selon son degré de conscience objective.

Ne faut-il pas, néanmoins, acquérir un certain savoir pour la rendre encore plus efficiente ? Le savoir acquis deviendra connaissance à travers l'exercice de l'attention centrée sur les êtres et les événements. Au-delà des jugements de valeur, nous voulons juste considérer la potentialité de l'évolution psychologique de l'individu.

De plus en plus, les faits semblent témoigner d'un abandon du statut parental au profit des institutions éducatives et des allocations collectives. Nous avons besoin d'être assistés et, pourtant, nous ne sommes pas des handicapés majeurs !

La confusion Partout règne la confusion et on rêve du médecin de famille qui diagnostiquait, avec précision, aussi bien les malaises cardiaques de grand-père que la rougeole du petit-fils. Face à une chaîne sans fin de rendez-vous chez les généralistes, spécialistes, laboratoires pharmaceutiques, hôpitaux... une grande partie des individus qui se sentent malades restent sans rien faire et dans des situations d'angoisses indicibles.

La relation médecin/malade devient le lieu du vide, car il n'y a plus le visage rassurant de "mon médecin qui sait", mais une confusion de visages anonymes qui nous laissent seuls avec notre souffrance, remplissant un tas de feuilles de sécurité sociale, au milieu des résultats d'examens sophistiqués.

Il en est de même pour la psychologie et ses différentes écoles qui se dévorent pour avoir raison pendant que les malades se sentent incapables de se penser autrement que par leurs lapsus, leurs images, leurs associations, leurs rêves, leurs actes manqués...

Nous voulons, si cela est possible, apporter à chacun un peu de paix.
Ce que peut apporter la psychologie... Le médecin de campagne sait qu'il n'y a que lui pour aider et il fait de son mieux pour résoudre la situation. Il connaît suffisamment la neurologie pour différencier une parkinson d'une intoxication alcoolique ou une hystérie d'un épisode comitial. il a naturellement des qualités de confesseur et il possède une capacité "anxiolytique".

Quand il autorise son patient à boire son verre de vin, il prend sur lui la responsabilité d'un savoir basé sur la connaissance et la confiance qu'elle lui donne. Il en est de même pour la psychologie.

Bien que celui-ci ait toujours existé, c'est la découverte de l'inconscient qui a marqué notre siècle, laissant le malade ballotté entre des préjugés et des évidences.

Nous ne sommes pas contre la spécialisation, mais contre la confusion. Il faut chercher des solutions et éviter les complications.

Si nous avons besoin d'un psychologue clinique ou d'un analyste, il faut, avant d'aller le voir, essayer d'écouter notre instinct, de faire appel au savoir absolu du corps ("cahiers jungiens" n° 84). Jung met en évidence avec ces quelques mots que notre corps sait et possède en lui des énergies potentielles qui peuvent nous donner des réponses. Si le tissu psychique n'est pas atteint par la pathologie organique, nous pouvons résoudre avec discipline et bonne volonté la plupart de nos problèmes psychologiques. une grande partie des tableaux psychopathologiques sont dus à une socialisation maladive, c'est-à-dire une difficulté apparue dans le processus de socialisation. nous le constatons chaque jour dans notre consultation.

Nous tenons à reprendre une série de concepts qui surgissent dans les magazines de vulgarisation. Traités de cette façon, c'est-à-dire sans enchaînement, mais pas forcément sans valeur, ces thèmes finissent par renforcer nos préjugés ou bien nous placer dans un état de désolation due à la culpabilisation induite par les médias. Dans le premier cas, il s'agit d'une ignorance pure et simple ; dans le second cas, la fragilité des défenses psychiques devient excessive.

Pour mieux vous connaître Nous allons vous livrer un matériel pour vous guider, pour vous aider à mieux écouter, à mieux voir, à mieux comprendre, à mieux réfléchir. La première partie de notre travail sera utile pour vous apporter un savoir de base. ne vous souciez pas d'entendre parler de Freud, Jung, Klein, Winnicott et bien d'autres qui ont constitué royalement notre bibliothèque de recherche, de connaissance, de savoir et de pratique, richesse actuelle de notre science. c'est de l'ensemble de leurs efforts, de leurs réflexions et de leur pratique clinique dont vous devez tenir compte. Puisez en chacun ce qui vous permettra de mieux lire votre réalité intérieure, extérieure et relationnelle.

Il n'y a qu'un seul mot pour vous rassurer dans vos tentatives d'appréhension du réel en évitant la confusion : dédramatiser.

La seconde partie du travail consiste à vous faire réfléchir. Nous vous proposons le thème du piercing, parce que c'est un phénomène social "bien visible" qui peut vous aider à sortir de vous-même, de votre introspection parfois déroutante ou de votre façon naïve de penser à la vie en rose. Nous sommes en situation d'observateur et nous vous proposons certaines hypothèses.

Nous n'avons pas de réponses tranchées. Comme nous, interrogez-vous : "que savez-vous du thème ?" sortez de vous-même, car cette fois vous ne trouverez pas la réponse toute faite qui s'oublie au bout d'une semaine. Non ! cette fois, même si vous essayez de fuir la question, elle vous reviendra et vous serez confronté à vous voir agir selon ce que vous êtes aujourd'hui par rapport à la société, à votre couple, à vos enfants, à vous-même. À la fin de cet ouvrage, vous trouverez un questionnaire, à partir duquel nous avons tenté de formuler des hypothèses.

La lecture de la première partie de notre travail, même si votre état d'éveil pendant la lecture était médiocre, se trouve emmagasiné dans la mémoire de votre ordinateur intérieur qui n'a pas de limite d'octets. Soudain, vous vous apercevrez que vous utilisez un mécanisme de défense* nécessaire pour éviter l'angoisse, mais vous aurez, enfin, la possibilité de vous voir. Ne soyez pas obsédé au point d'oublier que nous sommes responsables aujourd'hui des vies et des sociétés qui perdureront au-delà de notre passage. Pour être capable de dédramatiser, il faut développer la possibilité d'accéder au repos, de se retirer.

Il n'est pas question de régresser jusqu'à l'incapacité de penser, mais de faire taire la confusion intellectuelle et émotionnelle. La démarche qui consiste à rebrousser chemin n'a pas nécessairement des connotations psychopathologiques. Il s'agit plutôt d'une récupération des formes et des contenus de notre être dont nous avons été coupés, mais qui nous seront bien utiles pour penser autrement.

Le passé ne peut pas être changé, mais on peut le lire différemment et se défaire de ses préjugés.

Les figures sociales du père Charles Fuster, auteur célèbre des Petits bateaux, écrivait au début du siècle :

"Mes fils, on vous dit qu'un père
Est un homme sérieux
Qui parle, la voix sévère,
Tout en faisant de gros yeux.
Votre père, à vous, fut triste,
Mais jamais ne vous fit peur ;
Vos jeux, auxquels il assiste,
Changent l'âme de son coeur."

(Extrait de Contagion, recueil de poèmes Les enfants)

Toute la problématique du père nous semble s'articuler entre ces deux phrases : d'un côté, nous percevons l'image d'un père distant, austère, juge de ses enfants comme de la société dans son ensemble. Sa force réside dans ses silences menaçants, dans ses mono-syllabes cinglantes, dans son poing retentissant sur la table.

Face à cet individu monolithique et inébranlable, nous trouvons un être qui ose prendre part au vécu de ses enfants : il remet en question ses dogmes pour les adapter à leurs besoins, il accepte leur témoignage d'affection comme il sait lui-même leur montrer son amour. Il les accompagne dans leur tristesse et ne cache pas la sienne pour faire bonne figure. Il s'exprime en tant qu'être humain.

Ces deux images du début du siècle représentent deux caricatures qui pourraient se situer aux deux extrémités d'une ligne où notre propre père se situerait.

Cette volonté d'expression, chère au romantisme, prenait appui sur un ressenti de nombreuses générations de fils, en particulier ceux qui ne percevaient leur père qu'à travers les mailles d'une institution familiale très structurée, rigidifiée, où les rôles de chacun étaient imposés et posés comme une évidence inébranlable.

Un besoin d'humanité, qui prit alors la forme d'une sensibilité exacerbée, se fit sentir, sans remettre en question la structure familiale.

L'évolution sociale de la femme Peu à peu, les guerres successives placèrent les femmes en première ligne dans la structure de fond du pays, pendant que les hommes s'écroulaient au champ de bataille. Leur statut évoluant, on ne pouvait plus les ignorer comme partenaire de travail à part entière et les révoltes sous-jacentes des premières féministes purent évoluer vers un versant constructif concernant l'image de la femme.

Inutile de s'étendre davantage sur ce sujet galvaudé : la femme, dans ses revendications concernant son statut, devint cette femme-partenaire à part égale de l'homme (ou tentant de le devenir) et, dans sa forme menaçante de femme phallique (terme traditionnellement réservé à la puissance masculine), une rivale de l'homme.

Le repositionnement réciproque de l'homme et de la femme La presse féminine illustre parfaitement les craintes de la société moderne, mêlant à la fois ce flou concernant les attentes de chacun par rapport à l'autre sexe, les reproches virulents des femmes qui, après s'être affermies dans un statut masculin, réclament des "hommes, des vrais".

  • Elle, janvier 1995 (nº 2558), nous propose quelques conseils pour réapprendre à être fragiles :

    "Oser se montrer fragile, ce n'est pas être faible, mais humain..."

    Et cela s'adresse aux femmes.

  • Marie Claire, janvier 1995 :

    "Ce que les hommes et les femmes se reprochent."
  • S'interroger sur la formation de l'identité sexuelle Le flou sexuel - la difficulté à attribuer de nouvelles particularités à chaque sexe - a pris une telle dimension qu'il nous a paru important de nous interroger sur les étapes de formation de l'identité sexuelle, en particulier celle de l'adolescence.

    En effet, dans ce contexte social assujetti à une nouvelle répartition des partenaires familiaux, la question que nous nous sommes posée est la suivante : comment un enfant devenu adolescent va-t-il trouver sa place dans la société, et comment va-t-il s'imposer en tant qu'être sexué dont les attentes et les besoins diffèrent des autres acteurs sociaux, mais s'appuient également sur eux ?

    Un thème d'étude : le piercing Au fur et à mesure que nous avancions dans notre recherche, nous avons vu se profiler en filigrane un thème : le piercing.

    Ce mouvement encore anecdotique, mais suffisamment chargé de symboles nous a semblé ressortir de notre société comme un symptôme du malaise ancré en elle. Que signifiait ce besoin de se trouer la peau, rappelant étrangement des pratiques primitives, notamment des rituels de passage (de l'enfance à l'adolescence, puis à l'âge adulte) ?

    Pouvions-nous raisonnablement nous appuyer sur ces concepts ethnologiques pour comprendre un phénomène propre à notre société moderne ?

    C'est ainsi que nous avons voulu pousser notre investigation afin de proposer de nouveaux champs d'études.

    Présentation de l'ouvrage Pour bien comprendre dans quel maillage de facteurs et d'influences l'adolescent se trouve confronté, nous avons articulé notre ouvrage en deux parties.

    Une première partie nous permettra de rappeler, de façon la plus claire possible, les phases clés de maturation de l'enfant à l'adulte, c'est-à-dire l'acquisition de l'identité sexuelle d'un enfant.

    Nous développerons le "trajet de la maturation" d'un homme et d'une femme afin de cerner, de façon, certes schématique, pour des besoins de clarté, les difficultés que chaque étape peut poser.

    Dans une seconde partie, nous évoquerons deux thèmes illustrateurs, selon nous, des problématiques adolescentes, c'est-à-dire de nous tous : le Sida, comme concept symbolique, posant la question d'ordre existentielle je suis ; le piercing, là encore comme concept symbolique, posant la question de l'ordre de l'identité sexuelle je suis un homme ou je suis une femme.